Dans la sixième vision, on est passé du cercle au carré qui englobe la "Cité de Dieu" de saint Augustin.
"À nouveau, j'aperçus comme une grande cité, en forme de carré, ceinte d'un mur à la fois de splendeur et de ténèbres, une cité qu'ornaient aussi des collines et des figures. Sur le côté Est de la cité se dressait une grande et haute montagne, d'une pierre blanche et dure, qui ressemblait à un volcan. À son sommet resplendissait un miroir dont la clarté et la pureté paraissaient même dépasser celles du soleil. Une colombe apparut dans ce miroir, les ailes écartées, prête à prendre son vol. Ledit miroir, qui était le lieu de merveilles cachées, projetait un éclat qui s'élevait et qui s'étendait, et au sein duquel se manifestaient de nombreux mystères et plusieurs formes de figures. En cette splendeur et en direction du Midi, apparaissait un nuage, blanc dans sa partie supérieure, noir dans sa partie inférieure. Au-dessus de ce nuage resplendissait toute une cohorte angélique (...)."
Protégée par les anges, compagnons des hommes, et fondée sur le roc de la justice divine, l'Église se construit, tout au long de l'histoire, en une cité parfaite, la Jérusalem céleste dont parle l'Apocalypse.
La cité est bâtie sur le rocher, qui représente le Christ, surmonté par la colombe qui est le symbole de la volonté de Dieu. Comparée souvent à la Vierge, l'Église est encore nommée l'épouse du Christ, elle remplace Israël dans les Commentaires du Cantique des Cantiques. Elle est protégée par une nuée, lumineuse au-dedans mais plus sombre dehors, comme autrefois le peuple d'Israël était guidé par une nuée, lumière pour les justes, ténèbres pour les ennemis.
Au-dessus de la cité carrée, le souffle multicolore de Dieu fait le tri entre les anges fidèles et ceux qui désobéissent. Il fait chuter du nuage noir les anges mauvais qui tombent, en bas de l'enluminure, dans l'étang de feu où s'ouvre la gueule des enfers.
Les hommes du Moyen Âge savent qu'ils n'habitent pas une cité permanente parce que la véritable cité du chétien est dans le ciel. L'existence terrestre les containt à demeurer dans une terre étrangère. Mais au fil des siècles, la bonté des hommes construit cette ville éternelle, un lieu de fraternité et de paix où resplendit l'amour. D'ailleurs, la Jérusalem céleste n'est-elle pas une figuration du "Cœur du Monde" ?